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écrivain suivant : Jean  VANMAI
 

Bernard BERGER

Bandes dessinées


Bernard Berger est le créateur de la plus calédonienne des bandes dessinées francophones: la Brousse en Folie.
En 1984 il imagine un personnage truculent qu'il baptisera tonton Marcel, en mémoire de son grand oncle, qui deviendra le pilier d'une série d'albums de BD dont les publications annuelles rythment l'édition calédonienne.
Peu connue en France, la Brousse en Folie est pourtant le plus gros succès littéraire de la Nouvelle-Calédonie. Depuis quelques années un site,
http://www.brousseenfolie.nc/
propose de faire découvrir ce phénomène au monde entier.
Pour en savoir plus sur Bernard Berger, sur sa BD et pour découvrir chaque semaine une planche originale, rendez-vous donc sur le site.
Bernard Berger  est aussi le créateur/auteur  de la série "le Sentier des Hommes" dont quatre titres sont issus. Cette fois l'auteur s'est fait aider par un dessinateur, Jar, pour la richesse d'un dessin réaliste.
Quelques écrits laissent penser que Bernard Berger a aussi le talent d'un écrivain. Mais, si on attend avec impatience de pouvoir le lire, on s'interroge toutefois sur l'inflexion du futur ouvrage… humour, drame historique ou une de ses inventions si singulières?
Œuvres principales
Bandes dessinées

1. Dans la collection La Brousse en folie. Nouméa: Éditions La Brousse en folie (21tomes): 
o Tome Un, 1984. 
o Tontion les gosses, 1985. 
o La Dame blônche, 1986. 
o La marche des crabes mous, 1989. 
o Roussettes de cuisine, 1990. 
o À l'ombre des niaoulis, 1991. 
o Lagoon blues, 1992. 
o On a marché sur la Golcôsse, 1993.
o Les Zozos du paradis, 1994. 
o Petit Bateau, mais gros la cale, 1995. 
o Creeks et chuchotements, 1996. 
o 22 Milles lieues sur la mer, 1997. 
o Le Mec sain malgré lui, 1998. 
o Le Meilleur des Mandes, 1999. 
o Le Jour le plus lent, 2000. 
o Le Caillou vu du ciel, 2001. 
o Bienvenue à Oukontienban, 2002. 
o Brousse Academy, 2004. 
o La Gloire de ma terre, 2005.
o Le Chapeau de mon père, 2006
o 20 ans d'archives de La Brousse en folie.
o Panier de crabes, 2007
o Le Petit Marcel Illustré, 2008
o Nouméa Texas, 2009 Éditions La Brousse en folie, 2003. 

Dans la collection Le Sentier des hommes, scénarios de Bernard Berger, dessins de Jar. Nouméa: Éditions La Brousse en folie (4 tomes):  
o Éternités, 1998. 
o Langages, 1998.
o 1878, 1999.
o Écorces, 2001.

Prix et distinctions littéraires :  • 2003 - Bernard Berger est nommé « Président d’honneur à vie » du premier Salon de la Bande-dessinée de Boulouparis (Nouvelle-Calédonie).

Traductions
In English
Beating around the Bush. Sélection de planches de La Brousse en folie. Trad. Marcel M. Noest. Nouméa : Éditions La Brousse en folie, 2003.

Liens sur Bernard Berger
http://www.brousseenfolie.nc/
contact e mail
Articles
http://www.rezolibre.com/ezine/cat_bd/articles/art
Les cases de Bernard Berger : une bulle venue d'ailleurs. Avec la Nouvelle-Calédonie comme aire de jeux, Bernard Berger fédère et amuse depuis plus de vingt ans ses compatriotes. Alors qu'il entame la création du vingtième album de sa série de bandes dessinées humoristiques intitulée La Brousse en Folie , Bernard Berger jouit en métropole d'une indifférence quasi-unanime. L'auteur Amateur de Hergé, Frankin, Reiser, Gotlib et des comics anglais et américains, Bernard Berger peut s'enorgueillir d'être le premier auteur d'une bande dessinée réellement calédonienne. Né à Nouméa en 1957 et après des études d'Arts Plastiques qui l'emmenèrent à Paris de 1977 à 1982, il retourne en Nouvelle-Calédonie pour enseigner. Il crée en 1996 avec une union d'auteurs, l'Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie. Sa série La Brousse en Folie est éditée en album en 1984. En situant l'action dans la brousse néo-calédonienne, Bernard Berger rencontre un succès immédiat. Les raisons de son succès ? Pour la première fois, un auteur arrive à dépeindre avec humour les diverses communautés de l'île et tisse habilement les liens qui les rapprochent, faisant émerger de cette diversité une culture commune. En réunissant kanaks, caldoches, mélanésien et zoreilles Bernard Berger a réussi un beau tour de force. Les personnages Dès le premier tome et au travers de quatre personnages principaux, il rassemble les diverses communautés qui composent la population calédonienne. Son personnage principal : Tonton Marcel, petit éleveur de bétail, stéréotype du broussard, un caldoche têtu et râleur en claquette, avec une bonne descente et un bon fond est l'archétype de l'anti-héro. Dédé, le kanak aux pieds nus, personnage important de sa tribu, plein de bonhomie et fainéant à souhait aime lever le coude avec Tonton Marcel. Tathan, le vietnamien souriant possède un commerce où on vend un peu de tout et où tous les personnages se croisent. Et finalement Joinville, le métro (ou plutôt le zoreille), un moralisateur en tenue de sport qui, avec sa vision restreinte de petit bourgeois français, donne son point de vue sur les choses. Autour d'eux, une foule de personnages secondaires viennent s'agglutiner pour les besoins de l'histoire. Il en ressort une atmosphère débonnaire qui encourage le lecteur à s'attacher irrémédiablement aux personnages. Originalité ? On ne peut pas dire que cette série soit originale pour ses dessins ou ses personnages aux caractères stéréotypés affichant des traits psychologiques universels. L'originalité se trouve dans le texte, dans les répliques percutantes, les expressions typiques et la gouaille des personnages. La découverte du Caillou et de ses habitants devient un plaisir. On se surprend à rire tout haut et on meurt d'envie d'utiliser ce vocabulaire « caldoche » si « exotique » pour nous les zoreilles. Vivement le vingtième tome de La Brousse en Folie intitulé « Le chapeau de mon père » parce que, depuis le début, La Brousse en Folie, c'est fin bon. Lôngin ! Rédacteur: Norédine BENAZDIA
Compléments : Publications, Photos, Articles de presse, Critiques ...
LA BROUSSE EN FOLIE
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NOUMEA TEXAS
Dans ce vingt-deuxième opus Bernard Berger donne un souffle nouveau à sa célèbre série de La Brousse en Folie. Ce changement est annoncé par la couverture : plus sobre et d'un graphisme qui renvoie aux "illustrés" de l'âge d'or de la bande dessinée. Il y a un peu de Tintin d'Hergé, un peu Bicot de Martin Branner, un peu de notre enfance là-dedans. Ce détail a son importance, nous le verrons. Un autre changement : on passe à à 52 planches au lieu des 46 habituelles aux éditions actuelles. Pourquoi plus de pages? On le découvre en le lisant : l'auteur nous emmène dans quelque chose très drôle mais bourrée de réflexions sur notre lien au "patrimoine". Tonton Marcel devra remettre en état une vieille maison coloniale de Nouméa, la capitale, s'il veut bénéficier d'un héritage. Passé, présent et futur vont s'entrechoquer au sens propre comme au sens figuré dans challenge qui nous fait découvrir de nouveaux personnages folichons. On s'amuse énormément dans un récit à plusieurs étages. Si les jeunes lecteurs s'amuseront des facéties d'une vache fugueuse, les adultes percevront derrière des larmes de rires une satire de notre société tiraillé entre les intérêts d'un pseudo-patrimoine et ceux, plus lucratifs, d'une pseudo-modernité. Le clin d'oeil de la couverture dont nous parlions: l'ancien et le moderne. Rire et engagement sont les instruments de cette BD typiquement calédonienne qui a réussi pourtant à dépasser les frontières du récif.

Extraits
REVUE ENCRE MARINE
L'ECRIVAIN
L’écrivain


Ernest Fenster était écrivain. A quarante ans, sept de ses romans avaient été publiés et les trois derniers lui garantissaient un confort matériel acceptable.
Depuis, Ernest était convié à des rencontres littéraires où l’on parlait de ses écrits et de lui ; où l’on interprétait les caractères de ses personnages ; où l’on ergotait sur la dimension spirituelle de son dernier travail.
On aimait pousser Ernest dans l’analyse de ses œuvres et Ernest aimait cela. Inlassablement, il s’amusait à commenter ses textes, à défaire la structure d’un travail déjà réalisé, à démanteler, comme un psychiatre au chevet d’un patient, le moindre recoin de ses propres termes. Face à un auditoire attentif qu’il captivait, lui, séduisait et rayonnait sur ces visages devenus familiers au gré des rencontres. Il les aimait au fond, « ses » lecteurs.

Il y avait Elise, fière et timide, avait lu en public, la gorge serrée par une délicieuse émotion, les vers des premiers poèmes d’Ernest, édités à compte d’auteur du temps de sa jeunesse révoltée et qu’il avait cru oubliés. Elle avait pris soin, avant sa lecture, de rapporter aux autres membres de l’Association des Poètes Libres, les circonstances extraordinaires l’ayant guidée vers ce bouquiniste qui pourtant ne « faisait pas » dans la poésie. Elle avait ensuite rapporté son excitation lorsque, à la suite d’un mouvement malheureux, elle avait fait chuter une pile d’ouvrages poussiéreux et comment, en les ramassant, écarlate de honte, elle avait failli s’étrangler en découvrant le petit recueil intitulé « Histoires immobiles- de Ernesto Fenster » aux Editions de l’Amateur. La belle et douce Elise.
Il y avait Raymond. Raymond ne disait rien durant les repas de l’Amicale pour la Sauvegarde de la Culture Régionale qui invitait régulièrement Ernest. Raymond qui, assis à ses côtés, avait subtilement évité de ne rien dissimuler de son admiration pour Ernest et qui l’avait pris à-part, devant le petit restaurant, au moment où tous se séparaient sur le trottoir, un peu fatigués par les discussions et par le vin. Raymond qui lui avait glissé précieusement sous le bras une enveloppe protégeant une nouvelle de son cru et dont il souhaitait, « de tout cœur, si le temps ne manquait pas à Ernest, avoir une idée de sa valeur littéraire. » Raymond, qui s’était évanoui à petits pas dans le noir de cette rue.
David ne faisait jamais allusion aux romans d’Ernest. Ils s’étaient rencontrés un certain nombre de fois lors de salons du livre. David était un jeune auteur « qui montait », du moins le disait-on quoique qu’Ernest ait douté de cette fulgurante ascension que quelques journalistes, en mal d’amitié littéraire, avaient décrit ici ou là. Les talents de David étaient virtuels, sans plus. Ils émanaient de sa personnalité sympathique et orgueilleuse un charisme qui prétendait à une profonde expression littéraire. Plus d’un croyaient en lui et, lui, hélas, aussi. A l’occasion de séances de dédicace, David venait lui tenir compagnie et ils échangeaient d’importantes idées sur la politique du monde actuel. Jamais un mot sur leurs écrits.
Il y avait eu Eve, quinze ans auparavant. Etrange Eve capable d’écrire au kilomètre des alexandrins pleins de naïveté et de douceur. Ernest les avait lus et il s’était troublé de les apprécier malgré tout. D’Eve se dégageait la joie de vivre, un beau visage que ses rondeurs avaient préservé du masque apprêté des jolies filles, un aplomb gracile qui la faisait ressembler tout à la fois à une enfant et à une sculpture de Maillol.

Et puis Ernest ne sut plus écrire.
Pas qu’il eût manqué d’imagination ni que l'automatisme, le besoin, le désir ne lui fissent défaut, ni même qu’une conscience matinale ne vînt éclairer son parcours créatif pour en révéler un quelconque aboutissement. Non, Ernest ne sut plus écrire, point.
Devant une feuille blanche, il médita, son stylo traça des spirales asymétriques. Naturellement, il ne comprit pas. Il ne perçut aucune détresse, aucune épouvante ne vint corrompre son esprit.
Sur la feuille blanche, d’autres belles volutes, occupant toute la surface, mirent fin à son enquête introspective.
Ernest cessa de bouger. Il observa son bureau de travail. Il pivota sur son fauteuil à roulette pour parcourir la pièce. Il s’immobilisa à nouveau et s’entendit respirer. Il écouta son souffle un moment encore.
Puis il se leva vers la cuisine. En passant, il caressa le chat qui sommeillait sur le canapé du salon. Une tasse fumante à la main, il se dirigea ensuite vers la terrasse, le journal du matin dans l’autre main.
Sur sa chaise longue, il prit le temps d’observer le mouvement des feuilles des arbustes de son petit bout de jardin. Il y avait peu de vent, la nature semblait danser ainsi sur un rythme langoureux qui déclencha dans sa tête une musique légère. Puis la musique cessa et laissa place aux bruits des oiseaux se chicanant pour des miettes de pain ou s’interpellant pour d’autres raisons qu’il ne prit pas soin de s’expliquer.
Quand il ouvrit le journal, il ne vit que de drôles de signes qui l’amusèrent un moment autant que les oiseaux. Douché, le voici dans la rue. Il se dirige vers un arrêt-bus. Il attend. Puis il parle avec un vieux monsieur. Lorsque le bus arrive, il sait que le vieux monsieur est heureux d’être à la retraite et comment il a gravi plusieurs échelons de magasinier puis de mécanicien et, enfin, de contremaître, avant de se retirer de la vie active. Plus tard, il descend au terminus et reprend le chemin de la librairie Victor Hugo à pied. Le bruit des voitures, les visages. La librairie. Il entre. Immédiatement, Paul l’aperçoit :
- Ernest ! Tu es attendu mon cher ! Ton succès est définitif, sans commentaire ! Ah! Ah! Ah! Allez, je t’ai préparé un bon café et quelques viennoiseries…Il y a des gens qui t’attendent depuis une demi-heure déjà, te rends-tu compte ? Et…Hum! Il y a le Journal littéraire, tu sais Arthur Mocho, lui-même, en personne qui est venu t’interroger…La radio aussi, c’est bien simple : tout le monde te veut ! Alors, prêt pour cette grande matinée de dédicace ?
- Et toi, comment vas-tu, Paul ?
- Moi ? ... Je… ça va, oui, oui, ça va ! Tu parles ! Avec tout ce monde que ta séance de dédicace m’amène, je ne vais pas me plaindre, non ? Mais…et toi ? Tu as l’air…pas comme d’habitude. Tu vas bien au moins ?
- Très bien…Viens prendre un apéro un soir à la maison, tu verras, les oiseaux sont marrants en ce moment.

Ernest sorti de la librairie et se dirigea vers autre chose.
REVUE ENCRE MARINE
Le Goût du chocolat
Le goût du chocolat.

A la tribu on savait que cela n’était pas vrai. Mathias aimait les cerfs. C’est ce que tout le monde disait au village. Mais Mathias aimait un cerf. Un seul. Celui qu’il avait rencontré quand il était petit garçon.
C’était sa première chasse. Son père l’avait réveillé au petit matin alors qu’il faisait nuit dehors et que les oiseaux dormaient encore. C’est l’odeur du pain grillé qui l’avait fait sortir de son sommeil, avant son père. Il faut dire qu’il n’avait pas beaucoup dormi, tout existé à l’idée que le lendemain, il irait avec les grands et les chiens, à sa première partie de chasse.
Après avoir avalé son bol de chocolat au lait chaud et mangé quelques tartines, il avait suivi engourdi la petite troupe, enfoui sous une bonne veste kaki qui avait retenu, un temps, la douce chaleur du foyer.
Maintenant, il marchait derrière le groupe, dans le silence du jour qui n’apparaissait pas. Les chiens, bien dressés, ouvraient la marche et lui, Mathias, moins à l’aise, la fermait. Puis on fit halte et tout le monde chuchotait comme si on ne voulait pas déranger les derniers rêves de la nuit endormie. Son père donnait des ordres à chacun et il fini par lui dire de se poster sur le petit sentier, en haut de la crête aux gaïacs. Et surtout, quand il entendra les autres crier, de faire le maximum de bruits à son tour. Il avait un rôle de première importance, celui de rabatteur. Plus il braillerait, plus les cerfs sortiraient de leurs caches pour foncer vers les positions des tireurs qui les attendaient, de l’autre côté de la petite vallée. C’était simple, il ne fallait qu’il ne quitte sa position sous aucun prétexte !
Et puis tout le monde est parti. Le silence.
Et il se retrouva tout seul. Et il était enroué à cause de la fraîcheur matinale. Puis, les sauterelles, qui ne l’étaient pas, se mirent à chanter de plus en plus nombreuses. C’était mieux ainsi car Mathias, au fond, avait un peu peur. Peur, parce qu’il était seul et parce qu’il savait que toute son excitation de la veille et de la nuit déboucherait sur du sang et la mort de quelques cerfs. Les oiseaux annoncèrent la naissance blanchâtre. L’odeur cendreuse de la terre se mêla avec le parfum des petites fleurs jaunes des gaïacs. Mathias senti ses paupières s’alourdirent et son ventre lui renvoya dans la bouche le goût du chocolat matinal.
Il s’allongea. Au loin, ça y est, les autres hurlaient et frappaient dans leurs mains. Prélude à la mise à mort. Mais il resta couché sur le sol à regarder un petit oiseau sur une branche juste au-dessus de lui mais qui semblait l’ignorer. Puis un autre et encore d’autres vinrent se poser et sautiller de branche en branche. Soudain, ils s’envolèrent d’un même élan. Un son lourd, des cailloux qui claquent, des branches qui craquent et la bête surgit.
Immobile, Mathias, les yeux gauchis, la voyait à quelques pas de lui. Elle s’était arrêtée pour prendre son souffle et guetter le bruit des hommes. C’était un faon.
Au bout d’un moment éternel, le petit cerf tourna la tête vers lui et leur regard se rencontrèrent. Quiétude. Puis l’animal lentement esquissa une approche délicate jusqu’à coller son museau sur son nez. Ils échangèrent leur souffle. Mathias senti une langue rappeuse glisser sur sa joue et le faon se coucha contre lui. Sa tête fixait un point invisible situé au fond de la vallée et à chaque bruit il pivotait son regard vers lui.
Quand les premiers coup de feu raisonnèrent, ils tressaillirent tous deux. Le petit faon tremblait et il finit par se relever pour rester un instant figé. Puis il lança vers Mathias un dernier long regard avant de disparaître en un éclair derrière les arbustes.

On dit souvent au village que Mathias aime les cerfs parce qu’il part toujours tout seul avec son fusil, dans la montagne aux gaïacs. Mais Mathias n’a jamais de cartouches avec lui et ça, personne ne le sait au village. Alors on se moque un peu de lui qui ne ramène jamais rien. Mais à la tribu un vieux, une fois, l’avait vu, le Mathias, allongé sous un arbre, sur une crête. A ses côté, le vieux raconte qu’il avait vu un gros cerf. Et qu’il n’avait pas pu croire ses yeux ni ses oreilles quand il les a entendus discourir.

A la tribu, on croit les vieux et on croit que Mathias n’aime pas les cerfs comme les autres homme, pour la chasse. Non, Mathias, c’est autre chose…
REVUE ENCRE MARINE
Lili
LIli

Je suis un cerf ordinaire. Un rusa. Mais, depuis que cette balle est venue se loger dans mon épaule, je crois que j’ai changé. En moins bien, disent mes confrères. Je les emmerde. Sauf Lili, je l’aime bien Lili, elle est plus jeune, peut être un peu trop jeune pour moi, mais je l’aime bien et je les emmerde tous.

J’ai un copain, le seul, il habite de l’autre côté de la Chaîne, alors on se voit pas souvent. Une fois par an en moyenne. Quand on se rencontre pourtant c’est comme si on ne s’était pas quittés. C’est un peu con, dit comme ça, mais je n’ai pas grand monde autour de moi à qui causer comme avec lui. Au début, on refait le monde, moitié grave, moitié au second degré. On se prend au sérieux finalement même quand on dit des choses en rigolant. J’ai fini par lui dire, pour Lili. Il m’a écouté et n’a rien dit. C’est ça aussi que j’aime bien avec lui, c’est quand il ne dit rien, je sais qu’il ressent alors tous les sentiments qu’il n’arrive pas à exprimer. Au bout de quelques jour il revient alors sur le sujet, l’air de rien… « C’est Lili, qu’on voit, là-bas près du point d’eau ? » « Ouais ! c’est Lili… » « Elle est belle… » « Ouais… » Il se tait mais je sens alors que, lui aussi, il se met à l’aimer.

Il m’a dit un jour que lui-même avait une infirmité. Depuis peu. Un chien était parvenu à lui mordre la patte arrière. Il avait réussi à semer les chasseurs mais ses trois femelles avaient été tuées. Oh ! il en avait trouvées d’autres, toutes aussi mignonnes, mais, quand même, il n’avait pas réussi à défendre les trois premières… Moi qui pensait que, contrairement à moi, mon copain était un cerf à biches, j’en ai été abasourdi. Son regard avait changé au moment de cette confidence. Ma Lili se tenait toujours là-bas, resplendissante au soleil. Et puis soudain j’ai eu envie qu’il se précipite vers elle, qu’il lui cause gentiment et qu’il l’emballe. Mais, ça, je n’ai pas pu le lui dire. Alors pour la première fois, notre relation s’est relâchée. On a continué à parler de tout et de rien et puis, comme d’habitude il est reparti sur son territoire, de l’autre côté de la montagne.
Lili a grandi. Elle est restée belle, très belle, et je l’observais de loin. De plus en plus loin car je ne pouvait plus suivre le rythme de la harde. Et puis j’ai retrouvé mon copain. Il avait toujours son énergie qui me rassurait. On a échangé, comme nous le faisions depuis toujours, nos convictions sur l’état du monde et sur nos petites histoires personnelles puis il a disparu. Mais cette nuit-là…cette nuit-là…la vallée entière fut envahie de bruits de tonnerre. Des coups de bois que des gros mâles s’envoyaient dans la tronche. Je voyais leurs silhouettes en ombres chinoises qui se détachaient dans la nuit moite de l’été.
Au petit matin la horde ne comptait plus aucun mâle excepté moi. Et puis, là-haut, sur la crête, j’ai vu mon copain qui rentrait chez lui, trop loin pour que je puisse l’appeler. Il les avait tous battus à mort, le salaud ! J’étais désormais à la tête des huit femelles de la troupe. Il y avait Lili… Mais je ne savais plus quoi lui dire, à Lili. Elle avait tellement changé. Alors j’ai dirigé la troupe vers les sous-bois pour passer la journée à l’ombre, sous les gaïacs rabougris. Le silence régnait. Je ne fit rien pour le briser.
Puis avec le temps j’assumais entièrement mon rôle de chef, des petits sont nés et la vie continua ainsi, sans aucune parole. Je ne savais pas quoi leur dire, moi, aux biches. Et puis, bon, je n’ai rien à dire d’intéressant. Il n’y a que Lili, je ne l’ai jamais touchée. Belle comme la nuit…
Un jour, j’ai traîné tout le monde jusque derrière la Chaîne où j’ai retrouvé mon copain avec ses trois biches et trois nouvelles... Quand même, il avait pris un coup de vieux, mon pote. On a conversé, de moi, de lui, des chasseurs et de leurs foutus chiens.

Quand je suis reparti, je ne lui ai rien dit mais j’ai laissé Lili. Ma Lili…sa Lili.
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ARRACHEUR DE TEMPS

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Un médecin misanthrope s’ennuie ferme lors d’une
soirée tropicale « chic » dans une belle villa nouméenne
avec piscine. Cependant, accroché par le discours d’un
vieil astronome facétieux, il aborde peu à peu des
rivages inconnus jusqu’à flirter avec… des mondes
parallèles. Mais, cette histoire fantastique n’existe que
sur le papier, elle est écrite par un auteur local suite à
une commande. Plus les chapitres prennent forme sur
l’écran de son ordinateur et plus l’écrivain dérape psychologiquement
dans sa vie quotidienne. Les personnages
fictifs rejoignent la réalité ou est-ce le contraire.
L’histoire calédonienne avec un grand H bascule dans
l’uchronie, le monde réel s’entremêle avec la fiction la
plus débridée où il est question de création, d’écriture
en cours, de l’instant légèrement décalé ouvrant d’autres
voies, d’autres possibles. Sans oublier la piscine, véritable
lieu énigmatique, autour de laquelle tout s’articule,
naît et meurt…

LE DISCOURS POLITIQUE KANAK

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Le discours politique kanak (Jean-Marie Tjibaou, Rock Déo Pidjot, Eloi Machoro, Raphaël Pidjot), mars 2012, les éditions de la Province Nord, prix public 2900 XFP (distribué par Book’in et en vente dans les librairies de Nouméa).

L’étude porte sur la politique, l’anthropologie et l’histoire d’une période décisive et incontournable que l’auteur préfère dénommer séquence d’événements révolutionnaire plutôt que par l’euphémisme des événements. Comment des acteurs politiques kanak ont-ils contribué à constituer le peuple national kanak et par quelles pratiques et discours ont-ils provoqué des actions majeures ? Sans entrer dans les récupérations actuelles, l’essai explique les articulations entre discours ou paroles et conjoncture politique.

LE RESPECT

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Le respect. Recherche pour une éducation à la citoyenneté (Nouvelle-Calédonie), Nouméa, Publication de l’IFM.NC, mars 2012 ; prix public 2000 XFP (distribué par Book’in et en vente dans les librairies de Nouméa.

L’auteur est philosophe et anthropologue. C’est donc par les méthodes de ces deux disciplines qu’il analyse les représentations culturelles de la notion de respect. L’essai met entre parenthèses les préjugés moraux, religieux et éducatifs pour entreprendre une investigation sur les rapports interculturels dans la communauté en devenir. Une déconstruction des deux mots d’ordre « vivre et construire ensemble » et « destin commun » est un préalable afin de comprendre comment une composition d’une communauté politique au singulier est possible. Le respect exerce en Océanie un rôle fondamental. Comment l’articuler avec l’école et la société en devenir ? Le livre apporte des éclairages.

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LE MOT DE L'EDITEUR :

J’ai découvert la poésie d’Imasango en Nouvelle-Calédonie. Elle y est née, elle y vit, enracinée comme un arbre dans sa terre natale. Pourtant, les poèmes que rassemble ce recueil, le premier publié hors de son île, mêlent le thème de l’amour à celui du voyage. Comme si le désir était la promesse d’un départ ;
la caresse, une cartographie des sens ; le corps de l’aimé, un rivage ; la jouissance, une terra incognita. La Carte du Tendre d’une femme d’Océanie ? Pas seulement. Par son lyrisme sensuel, Imasango interroge la part métisse de nos identités, rappelant que la poésie s’exprime toujours à tu et à toi. Dans la mangrove des passions, voix mêlées et corps emmêlés disent, avec une mystérieuse évidence, que les mots servent à tresser la natte de notre humanité.

PAROLE DONNÉE

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PAROLE DONNÉE, CD/Livret illustré de poésie en musique
Un parcours poétique rendant hommage à la Terre de Nouvelle-Calédonie . Terre nourricière, espace identitaire, terre d'asile et terre inspiratrice de liens à tisser, bouche de conque pour le dialogue. Le CD présente les poèmes lus par l'auteur sur une musique originale de David Le Roy. Dans le livret illustré figure l'intégralité des poèmes ainsi qu'une présentation du travail de sculpture de Maryline Thydejpache, sous forme d'un visuel photographique des différentes étapes de l'élaboration de l'une de ses oeuvres.
ASSOCIATION DES ECRIVAINS DE NOUVELLE-CALEDONIE
BP 712 - 98845 - Nouméa Cedex - Nouvelle-Calédonie -
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