Lundi 22 décembre 2014   ecrivains-nc.net


accueil


 

Jean VANMAI

Littérature


Jean Vanmai est né le 3 août 1940. Calédonien d’origine vietnamienne, descendant de Chân Dàng, il est le premier à faire entrer l'histoire de sa communauté dans la littérature de la Nouvelle-Calédonie. Sa notoriété vient aussi du fait qu’il fut l’un des premiers Calédoniens à se lancer dans l’écriture romanesque.

Dans un roman/document intitulé « Chân Dàng* », il raconte l’épopée souvent douloureuse des travailleurs Tonkinois, employés sous contrat sur les mines calédoniennes de chrome et de nickel, dans des conditions particulièrement dures. Il écrit la suite de la saga des Vietnamiens avec « Fils de Chân Dàng* » et « Centenaire de la Présence vietnamienne en Nouvelle-Calédonie ».

Après « Nouméa-Guadalcanal » qui se situe durant la guerre du Pacifique avec la présence des forces armées américaines en Nouvelle-Calédonie, il publie la trilogie « Pilou-Pilou », entre 1998 et 2002, afin de relater les histoires parallèles de bagnards, de kanak rebelles et de personnages issus de la population multiethnique du Territoire. Une population dont Jean Vanmai entend témoigner de la volonté de vivre ensemble avec les différentes facettes de la Calédonie d’hier et d’aujourd’hui.

Georges Olivier Châteaureynaud, président de la S.G.D.L.**, préfaça ainsi en 2002 le troisième volume de cette saga :
« Jean Vanmai a reçu à profusion ce qui manque le plus aux écrivains français d'aujourd'hui : le souffle du romancier. A côté de ce coureur de fond, nombre de sprinters hexagonaux font piètre figure. C'est sans doute qu'il est porté par son sujet immense, par l'audace tranquille avec laquelle il s'y est collé, par l'opiniâtreté avec laquelle il s'y est tenu. Sa trilogie « Pilou-Pilou » s'achève sur un message humaniste d'espoir et de concorde. Les Duchenal de Jean Vanmai, frères dans leur différence, sont exemplaires et symbolisent légitimement le dilemme et la chance de leur île. En cela aussi Jean Vanmai est un bâtisseur ».

* « Chân Dang » & « Fils de Chân Dang » ont fait l’objet d’une étude universitaire par Tess Do et publiée par Ropodi, une prestigieuse maison d’édition académique américaine, dans un ouvrage intitulé : « Exile Cultures, Misplaced Identities”. ** Société des Gens de Lettres.


L'invité de la matinale du 16 mai 2012, de Radio NC 1ere, est Jean Vanmaï, auteur de l'ouvrage "Chân Dàng". Il guide les auditeurs au travers de l’histoire de la communauté vietnamienne de Nouvelle-Calédonie, une histoire jalonnée d’épisodes difficiles pour une communauté à cheval entre deux cultures. Il joue le jeu de répondre aux questions de Michel Voisin et des auditeurs de NC 1ère.

Jean Vanmaï, auteur de Chan Dang par NC1ere
contact e mail

A découvrir sur caraktéres :
Jean Vanmai: Passeur de mots et témoin d'une communauté...,
Livres
Chân Dàng « Les Tonkinois de Calédonie au temps colonial »,
1980, S.E.H., Nouméa. - *Chân Dàng a obtenu le Prix de l'Asie 1981, décerné par l'Association des Ecrivains de Langue Française (A.D.E.L.F.) à Paris.
Fils de Chân Dàng
1983, Editions de l'Océanie, Nouméa.
Nouméa... Guadalcanal
1988, Editions de l'Océanie, Nouméa.
Centenaire de la présence vietnamienne en Nouvelle-Calédonie
1991, C.T.R.D.P., Nouméa.
Pilou-Pilou « Chapeaux de paille », Tome I
1998, Editions de l'Océanie, Nouméa.
Pilou-Pilou « L’Ile de l’oubli », Tome II
1999, Editions de l'Océanie, Nouméa.
Pilou-Pilou « La ville aux mille collines » Tome III
2000, Editions de l'Océanie, Nouméa.
Fin Kalolo
avec François Ollivaud
2007, Editions de l'Océanie, Nouméa.
Chapeaux de paille « Pilou-Pilou Tome 1 »
2008, Editions Dualpha, Paris.
J’aimais trop l’argent
2009, Editions Dualpha, Paris.
Kidnapping à Istanbul
2010, Editions Dualpha, Paris.
Princesse Kanak
2014, Editions de l'Océanie, Nouméa.
Télévision
Télévision : « Lawi et Sébastien ».
« Lawi et Sébastien ». Film-fiction de 27 minutes relatant les pérégrinations à travers la Grande Terre de Lawi, petit Kanak, parti à la recherche de son ami d’enfance, Sébastien.
Scénario : Jean Vanmai – Réalisation : Bernard Foulquier 1987, RFO Nouvelle-Calédonie.
Compléments : Publications, Photos, Articles de presse, Critiques ...
PILOU PILOU
La ville aux mille collines

La ville aux mille collines, Tome 3 de Pilou-Pilou, est un livre qui se dévore pour plusieurs raisons. Il commence en avril 1931 par le survol de la ville de Nouméa par Francis Duchenal, « ex-transporté », lors d’un meeting aérien où pour 50 francs on pouvait « connaître le grand frisson ».
Bienvenue à bord pour suivre, au fil des chapitres, la saga calédonienne, passionnante, riche en évènements, en histoires, en personnages. Le roman fonctionne bien : exemplaire même à certains égards.
Si vous voulez comprendre la Nouvelle-Calédonie, il faut lire l’histoire de la famille Duchenal, celles d’Ernest Chautard et de Rolland de la Gardière, d’Arthur Labourdais, ou de Jo Serafinopoulos, leurs alliances, leur métissage, leurs réussites, leurs échecs.
Vous comprendrez comment et à quel prix se sont construites les grandes propriétés comme la « Cascadière », comment elles peuvent aussi péricliter voire s’effondrer.
Tout est une histoire d’hommes, costauds, travailleurs, tenaces, faibles, forts, rusés, beaux, moches, timides, grandes gueules, et de femmes aussi, exemplaires, dévouées, courageuses, morales, immorales, faciles, exigeantes. Ces hommes sont Kanak, Vietnamiens, Wallisiens, Grecs, Lillois, fonctionnaires métropolitains, ex-bagnards, etc.
Je mélange tout volontairement. Car ce livre a le mérite de faire comprendre comment s’est faite la Calédonie d’aujourd’hui. Et tout cela sur un fond historique riche.
Avec son style agréable et imagé, Jean Vanmai vous fait vivre comme si vous y étiez, aussi bien l’arrivée des communications modernes et de l’automobile, l’exploitation des trocas, le « badaboum » du nickel ou l’incroyable débarquement des Américains, que l’exposition universelle de 1931 vécue par les Kanak.
Par moment on a l’impression d’être au cinéma devant une superproduction hollywoodienne. L’histoire de la Nouvelle-Calédonie se montre d’une grande richesse, aussi particulière que périlleuse. Jean Vanmai a le mérite de nous expliquer comment s’est constitué le socle de la Calédonie blanche d’aujourd’hui, son histoire, ses enjeux, en insistant sur la diversité du peuplement et des habitants.
C’est un livre humaniste. Il donne à écouter et comprendre tous les avis et points de vue. Il donne envie de respecter et d’aimer tout le monde. On comprend alors son exergue : « A tous les habitants de la Nouvelle-Calédonie ».
C’est un bon roman historique. Toute personne intéressée ou concernée par la Nouvelle-Calédonie se doit de le lire. Certains chapitres procurent un réel plaisir, et cette jubilation que donne toujours la lecture d’un bon livre.
Mais voilà, le fond de l’histoire où se déroule ce roman correspond aussi à une tranche d’Histoire tout court. Et c’est là que ce livre possède donc une autre dimension qui dépasse celle du roman. Ce qui explique aussi que ce livre était attendu par certains. Quelle version va raconter Jean Vanmai ? De quel côté va-t-il raconter l’histoire récente de ce pays ? Comment va-t-il raconter le mouvement indépendantiste, les fameux « évènements », les Accords de Matignon, la position des Calédoniens d’ici, la position de la France ? Va-t-il prendre parti ? Comment va-t-il s’en sortir pour ne déplaire à personne (chose très peu évidente ici, voire quasi-impossible) ? Je prédis sans grand mérite que les avis vont être forcément partagés, d’où à souligner le courage de Jean Vanmai d’affronter le verdict.
La ville aux mille collines reste un roman formidable qu’il fallait écrire et il faut saluer Jean Vanmai de s’y être attelé. C’est un exemple à suivre.
Dans la salle surchauffée mais climatisée, les paris sont faits, le croupier vient de jeter son « rien ne va plus ». Les regards tendus suivent l’interminable trajectoire de la petite bille blanche qui semble ne pas vouloir s’immobiliser…

Jean-Claude Bourdais, écrivain. Lauréat du Prix Insulaire d’Ouessant, 2001.

CHAN DANG
ETUDE D’UN INCIPIT CHANG DANG, Les Tonkinois de Calédonie au temps colonial
Jean VANMAI, 1980, réédition de 1993
Niveaux : classes de 2nde et de 1ère
Objets d’étude : le roman, l’argumentation, l’autobiographie,
Objectifs : Ce projet d’action éducative entend montrer comment, à l’ère de la francophonie, la littérature calédonienne, servie avec conviction chaleureuse et talent affirmé, est appelée à apporter sa contribution à un humanisme qui soit l’œuvre de tous. Ici le déchiffrage des situations, des événements, des comportements et des sentiments devient possible parce qu’accompagné du défrichage des consciences où croissent pêle-mêle préjugés, fantasmes, illusions, clichés, mythes et obscures nostalgies, mais aussi espoir et fraternité.
UN INCIPIT EXEMPLAIRE

Le premier chapitre du récit est exemplaire à plusieurs titres ; on y trouve les trois aspects majeurs de toute prose narrative : le temps, les lieux, les personnages ainsi que les procédés de la fiction historique.
1. Le temps Les indications temporelles sont peu nombreuses certes : « avait traversé l’océan Pacifique », « cette longue traversée », « cet éprouvant voyage de deux semaines » mais le récit, ancré dans l’histoire, permet de dater les événements racontés. De nombreux indices inscrivent les faits dans un passé identifiable, celui de l’immigration des travailleurs Tonkinois en Nouvelle Calédonie et aux Nouvelles Hébrides et notamment celui des derniers contingents, de 1939 à 1964.
Un abondant champ lexical de la colonisation vient conforter les repères historiques : « La colonne, escortée par des gardiens aux visages durs, portant le casque colonial » ; « l es bâtiments administratifs » ; « la Colonie », « cette terre nouvelle », « quarantaine », « visites médicales et vaccinations obligatoires », « règlement », « chef du service de l’immigration », « interprète », « un son de cloche »….On est dans un contexte d’antan où tout est fait pour encadrer, régenter de manière militaire et donner une place et un statut à du personnel qu’il s’agit de conditionner au plus vite.
Pourquoi ces évocations ? Ce gel de l’histoire, cette convocation de la douleur et de son dépassement, cette immobilisation dans le temps ont leur importance, au regard de l’histoire, du devoir de mémoire, de la refondation d’une identité. La durée pour Jean Vanmai a son importance, une importance épique et fondatrice, repère pour la communauté vietnamienne de la diaspora.
2. Les lieux
On sait l’importance de la géographie pour un romancier qui, telle pour une anamnèse, replonge aux sources du passé pour informer et comprendre. Le souci de l’exactitude et la volonté de faire vivre les personnages dans un cadre, de recréer une atmosphère, caractérisent cet incipit, préfiguration du roman. Intitulé « L’arrivée », l’incipit raconte la descente des passagers du bateau à quai, à Nouméa, leur installation sommaire dans un hangar à l’île Nou, les prémices d’une amitié indéfectible d’un petit groupe d’immigrés. De la rambarde, où Lan, le premier personnage féminin cité, descend péniblement, le narrateur fait un panoramique sur la ville de Nouméa, adossée à des montagnes arrondies, « blottie contre les flancs des collines » ; du pied de l’échelle Lan monte dans le chaland ; les péniches surchargées emmènent les passagers à terre, les conduisant « vers l’île située en face du port. » Telle une caméra, les « yeux attentifs » de Ming, premier personnage masculin cité, « explorait le port », dont nous découvrons avec lui l’activité dense et l’animation bigarrée : entrepôts aux ouvertures béantes, charrettes dans un dynamisme d’échange, bâtiments espacés, maisons de bois à vérandas qu’il compare « aux maisons du Far-west américain ». Et toujours son regard revient « au relief tourmenté des montagnes », « se découpant étrangement sur le ciel lumineux». Est-ce une préfiguration de l’enserrement, de l’angoisse et des malheurs à venir, mêlée à une promesse d’amour et d’espoir ? L’installation rudimentaire se fait dans un hangar surchauffé, au toit de tôles, sur une natte au sol, à charge pour eux d’organiser l’intendance entre le bloc-cuisine et le hangar durant toute la période de quarantaine. 3. Les personnages a) Les arrivants C’est un aspect essentiel propre au début d’une fiction narrative : les personnages absents, tels les parents et la famille des immigrés, peuvent être au moins aussi importants que ceux qui sont présents ; leur absence renforce le courage de ces exilés volontaires et indique la souffrance inhérente à tout éloignement d’êtres chers. « L’image de son père, puis de sa mère, apparaissaient soudain et son visage s’assombrit ». Lan, l’héroïne est évoquée dès la première ligne, son nom est même le premier mot du récit ; c’est une pâle jeune fille, malmenée par le long voyage en mer, la nausée, la privation de nourriture due à la pauvreté, son statut de paysanne, obligée de s’éloigner pour faire vivre sa famille restée au Vietnam. Ses traits sont crispés, elle jette un « regard anxieux » vers la passerelle et elle est prise de vertiges. Elle trouve une main secourable auprès de Min, un jeune Tonkinois plein de sollicitude, à qui elle trouve « un regard franc » et des « airs distingués » qui détonnent « étrangement dans son costume de paysan ». Clairvoyant, attentif, il respire l’intelligence et ses qualités lui vaudront rapidement d’être meneur de groupe ou stratège capable d’éviter catastrophes et punitions aux siens. Aux côtés de Lan et de Ming, attirés l’un par l’autre, gravitent Toan, le compagnon de Ming, et un autre couple fiancé, Thang et Lien. Spontanément, la solidarité des étrangers se manifeste et le groupe nouvellement formé décide de rester ensemble devant l’inconnu. Tous ces immigrés viennent du Tonkin, région agricole du nord du Vietnam et sont « tous uniformément habillés d’un pantalon et d’une veste marron, du nha quê tonkinois ». Ils portent le chapeau cônique typique et reçoivent un bol de l’administration coloniale pour leur ration de nourriture. Dès le départ, on constate une parité d’origine, un nivellement de statut dont certains vont se démarquer progressivement pour un destin qu’ils auront choisi. Portés par l’espoir d’une amélioration financière et sociale, ils sont aussi les gardiens de la foi familiale et d’une espérance de retour heureuse et gratifiante. b)Les gardiens
Peu d‘éléments sont fournis dans cet incipit mais ils sont suffisamment forts et évocateurs pour indiquer leur état d’esprit : gardiens de l’ordre et de la sécurité, ils sont dans la place et assurés d’une autorité contre ces exilés, certes volontaires, mais qu’il convient de mettre rapidement au pas ; aussi ils ont le visage dur, escortent et encadrent la colonne des nouveaux venus, tiennent un discours sans ambiguïté : le mot règlement revient deux fois, des ordres, des impératifs et obligations sont assénés : vaccinations obligatoires, quarantaine, autosuffisance alimentaire…
Ils préfigurent le bras de l’Administration coloniale et les exactions et vexations à venir pour une population démunie.
Nicole CHARDON ISCH
Décembre 2011

Princesse Kanak
Un roman-témoignage sur la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui. Destiné à toute personne désireuse de mieux connaître « le Caillou » et ses habitants, Jean Vanmai relate dans ce roman-vérité les différentes facettes de la société calédonienne d’aujourd’hui. Dans le contexte actuel d’avenir institutionnel, cela constitue une gageure. En effet le lourd héritage historique dû à son passé difficile, ajouté à la juxtaposition des us et coutumes locales, font que la Nouvelle-Calédonie est confrontée depuis toujours, à de violents chocs de cultures. Il en résulte des problèmes d’incompréhension et de tension, entre Kanak et non Kanak, et ce alors que le pays est promis à un destin commun pour mieux vivre ensemble. Racontant une histoire singulière entre un jeune orphelin d’origine européenne et une métisse kanak, l’auteur expose dans ce roman les aspects positifs et les travers de la société multiculturelle calédonienne.

Extraits
LE MARCHE DE NOUMEA EN 1960
Au début des années 70, qu’on appelait alors « la belle époque » en Nouvelle-Calédonie, Fred et son épouse, Anne-Marie, se retrouvent à la tête d’une entreprise prospère qu’ils ont édifiée à la sueur de leur front. La vie leur sourit. Beaucoup même. Et l’argent qui va avec. Mais tous deux, grisés par leur bonne fortune, sont pris de doute. Ne vont-ils pas, à terme, aller contre leurs valeurs morales au profit d’une vie superficielle où tout n’est que vanité et orgueil ? Une écriture énergique qui balance entre brutalité et sentiments. Difficile de rester insensible à la déchéance de l’héroïne, rongée par la maladie et la culpabilité d’être passée à côté de l’essentiel, de ne pas avoir su savourer ces petits détails qui rendent la vie si belle. Un roman bien ficelé qui tient en haleine jusqu’au dénouement...
Nathalie Vermorel « Les Nouvelles Calédoniennes Weekend ». Nouméa.

LE MARCHE EXOTIQUE DE NOUMEA EN 1960
Extrait de « J’aimais trop l’argent » pages 115-117
Le marché couvert installé face à une grande place baignée de lumière, la Place des Cocotiers, était le point de rencontre par excellence des habitants aux origines multiethniques de cette mini-capitale des mers du Sud. A l'intérieur de ses bâtiments aux toitures de tôles ondulées, les portes s’entrouvraient dès les premières lueurs de l'aube. Une animation exceptionnelle y régnait durant la matinée entière. Je découvris avec surprise la foule ainsi que le va-et-vient des gens parmi les allées encombrées de tubercules et de fruits exotiques. Pendant que les bavardages entre amis et connaissances, tout comme les marchandages inévitables entre vendeurs et acheteurs, donnaient à ces lieux une note particulièrement pittoresque.
Parmi cette multitude cosmopolite et bon enfant l'on pouvait rencontrer aussi bien des ménagères habituellement pressées, portant des robes de couleurs vives, que des citadins nonchalants venus en short et claquettes japonaises, comme clients ou juste en curieux. Parfois de nouveaux immigrants fraîchement débarqués sur l’île s’extasiaient devant ce spectacle bigarré qui s'offrait à leurs yeux. Tandis que des touristes arborant chemises à fleurs ou des « robes mission* » pour la gente féminine, filmaient tous azimuts caméra 8mm au poing.
Dans une juxtaposition extraordinaire de couleurs, les étals croulaient sous des montagnes de marchandises. Ici, des maraîchers vietnamiens proposaient des légumes les plus variés. Là, une vendeuse d’origine mélanésienne présentait fièrement ses produits de la terre tels que taros, ignames, patates douces et maniocs. Un peu plus loin, un vieil Indonésien immobile et silencieux attendait le chaland à côté de ses pyramides de fruits tropicaux. Il avait exposé des mangues, pommes lianes, cocos verts, bananes, ananas, pamplemousses, oranges, entre autres. Ailleurs, des Européens au visage brûlé et buriné par le soleil des îles présentaient à foison des orchidées, des oiseaux de paradis et des fleurs fraîches de toute beauté. Quand aux belles et joyeuses Tahitiennes, une fleur de tiaré immaculée accrochée à l'oreille, les yeux rieurs, elles criaient à la cantonade en roulant les "r" afin d'écouler au plus vite leur délicieuse salade de poisson cru, mariné dans du pur jus de citron. Pendant que des Wallisiens, véritables forces de la nature et excellents pêcheurs, se tenaient fièrement derrière des présentoirs bondés de fruits de mer. Près des balances anciennes rongées par la rouille mais toujours en service, des poissons de tailles diverses gisaient dans des sacs en toile de jute préalablement trempés dans de l'eau de mer. Selon la variété, les picots de récif ou les bossus dorés étaient vendus soit à la pièce, soit au poids. Des mollusques, des crustacés à profusion et du poisson fumé faisaient également partie des mets rares et très recherchés par la population locale. Au sein de la grande cour intérieure, les vendeurs de billets de loterie s'installaient sans sourciller à proximité de cageots contenant de la volaille, des pigeons ou des tortues marines. Leurs voisins déchargeaient des sacs de pomme de terre, de choux, de cocos secs et de mandarines des bennes des camions de colporteurs arrivés de la Brousse lointaine un instant auparavant. A mon avis, ce marché au pays du nickel et de « l’or vert* » demeurera le lieu de rencontre et d’attraction touristique de premier ordre pour très longtemps encore.
* Robe mission : robe ample en coton léger que portent les femmes kanak. * L’or vert : signifie en Nouvelle-Calédonie le minerai de nickel.
UN CAMP AU BAGNE DE « LA NOUVELLE » EN 1878

A bord du voilier « Var », un ancien vaisseau de guerre devenu véritable prison flottante, les condamnés au bagne et les déportés de la Commune sont envoyés vers un pays inconnu, à 20 000 kilomètres de la France. Dans ce pays vivent des tribus Canaques qui ne se doutent pas que leur destinée va être unie à celle de ces prisonniers français…
Editions Dualpha, 2008 Paris

UN CAMP AU BAGNE DE « LA NOUVELLE » EN 1878 >Extrait de « Chapeaux de Paille » pages 305-306
Ne pouvant croire ce que ses yeux voyaient, le condamné Gaétan Lechantier fraîchement arrivé au Camp Brun, se demandait s'il ne vivait pas un horrible cauchemar. En effet, près de la « Tranchée du Supplice », d’autres forçats poussaient de lourds wagonnets surchargés de galets, sous la surveillance de policiers indigènes implacables qui les épiaient constamment de leurs regards sadiques. Les contremaîtres eux-mêmes se plaisaient à manier le fouet, dès lors que les surveillants militaires avaient le dos tourné et qu'un transporté* du bagne venait d'interrompre momentanément son travail pour une raison ou pour une autre. Le regard du déporté* Lechantier s’immobilisa plus loin sur un spectacle hallucinant. Serrant chacun d'une main ferme un sac rempli de pierres concassées que d'autres condamnés venaient de charger sur leurs épaules, des forçats aveugles avançaient lentement en file indienne en se guidant à l'aide d’une rambarde installée à hauteur de la main et qui leur permettait de se diriger à tâtons jusqu'au point de déchargement. Près d'eux avançaient également des forçats manchots, attelés à des tombereaux par des cordes et qui transportaient eux aussi les mêmes matériaux. En amont de ce chantier de cauchemar, étaient également réunis tous les estropiés qui ne pouvaient plus se déplacer. Positionnés autour des gros tas de pierre rassemblés à leur intention, ils étaient contraints de les briser à l'aide de massettes à manche court. Les vêtements usés et souillés de ces bagnards n'avaient plus rien à voir avec la couleur blanche, symbole de rédemption. Ils avaient pris par contre la couleur sale de la pourriture. A l'image de ce camp purgatoire, considéré désormais par tous comme le « Camp de l'abattoir » ou pire le « Camp de la mort lente »…
* Transporté : condamné au bagne de droit commun
* Déporté : déporté de la Commune
contact




ARRACHEUR DE TEMPS

:: découvrez cet ouvrage

Un médecin misanthrope s’ennuie ferme lors d’une
soirée tropicale « chic » dans une belle villa nouméenne
avec piscine. Cependant, accroché par le discours d’un
vieil astronome facétieux, il aborde peu à peu des
rivages inconnus jusqu’à flirter avec… des mondes
parallèles. Mais, cette histoire fantastique n’existe que
sur le papier, elle est écrite par un auteur local suite à
une commande. Plus les chapitres prennent forme sur
l’écran de son ordinateur et plus l’écrivain dérape psychologiquement
dans sa vie quotidienne. Les personnages
fictifs rejoignent la réalité ou est-ce le contraire.
L’histoire calédonienne avec un grand H bascule dans
l’uchronie, le monde réel s’entremêle avec la fiction la
plus débridée où il est question de création, d’écriture
en cours, de l’instant légèrement décalé ouvrant d’autres
voies, d’autres possibles. Sans oublier la piscine, véritable
lieu énigmatique, autour de laquelle tout s’articule,
naît et meurt…

LE DISCOURS POLITIQUE KANAK

:: découvrez cet ouvrage

Le discours politique kanak (Jean-Marie Tjibaou, Rock Déo Pidjot, Eloi Machoro, Raphaël Pidjot), mars 2012, les éditions de la Province Nord, prix public 2900 XFP (distribué par Book’in et en vente dans les librairies de Nouméa).

L’étude porte sur la politique, l’anthropologie et l’histoire d’une période décisive et incontournable que l’auteur préfère dénommer séquence d’événements révolutionnaire plutôt que par l’euphémisme des événements. Comment des acteurs politiques kanak ont-ils contribué à constituer le peuple national kanak et par quelles pratiques et discours ont-ils provoqué des actions majeures ? Sans entrer dans les récupérations actuelles, l’essai explique les articulations entre discours ou paroles et conjoncture politique.

LE RESPECT

:: découvrez cet ouvrage

Le respect. Recherche pour une éducation à la citoyenneté (Nouvelle-Calédonie), Nouméa, Publication de l’IFM.NC, mars 2012 ; prix public 2000 XFP (distribué par Book’in et en vente dans les librairies de Nouméa.

L’auteur est philosophe et anthropologue. C’est donc par les méthodes de ces deux disciplines qu’il analyse les représentations culturelles de la notion de respect. L’essai met entre parenthèses les préjugés moraux, religieux et éducatifs pour entreprendre une investigation sur les rapports interculturels dans la communauté en devenir. Une déconstruction des deux mots d’ordre « vivre et construire ensemble » et « destin commun » est un préalable afin de comprendre comment une composition d’une communauté politique au singulier est possible. Le respect exerce en Océanie un rôle fondamental. Comment l’articuler avec l’école et la société en devenir ? Le livre apporte des éclairages.

INTRANQUILLITES

:: découvrez cet ouvrage
Ceci est le 1er numéro, consacré à "Passagers Des Vents", première structure de résidence artistique et littéraire en Haiti. Vous trouverez, entre autres, un hommage exceptionnel à Jacques Stephen Alexis.

découvrez cette revue

POUR TES MAINS SOURCES

:: découvrez cet ouvrage

LE MOT DE L'EDITEUR :

J’ai découvert la poésie d’Imasango en Nouvelle-Calédonie. Elle y est née, elle y vit, enracinée comme un arbre dans sa terre natale. Pourtant, les poèmes que rassemble ce recueil, le premier publié hors de son île, mêlent le thème de l’amour à celui du voyage. Comme si le désir était la promesse d’un départ ;
la caresse, une cartographie des sens ; le corps de l’aimé, un rivage ; la jouissance, une terra incognita. La Carte du Tendre d’une femme d’Océanie ? Pas seulement. Par son lyrisme sensuel, Imasango interroge la part métisse de nos identités, rappelant que la poésie s’exprime toujours à tu et à toi. Dans la mangrove des passions, voix mêlées et corps emmêlés disent, avec une mystérieuse évidence, que les mots servent à tresser la natte de notre humanité.

PAROLE DONNÉE

:: découvrez cet ouvrage

PAROLE DONNÉE, CD/Livret illustré de poésie en musique
Un parcours poétique rendant hommage à la Terre de Nouvelle-Calédonie . Terre nourricière, espace identitaire, terre d'asile et terre inspiratrice de liens à tisser, bouche de conque pour le dialogue. Le CD présente les poèmes lus par l'auteur sur une musique originale de David Le Roy. Dans le livret illustré figure l'intégralité des poèmes ainsi qu'une présentation du travail de sculpture de Maryline Thydejpache, sous forme d'un visuel photographique des différentes étapes de l'élaboration de l'une de ses oeuvres.
ASSOCIATION DES ECRIVAINS DE NOUVELLE-CALEDONIE
BP 712 - 98845 - Nouméa Cedex - Nouvelle-Calédonie -
haut de page