DEUX MAINS

Les bancs du taxi-boat sont bondés. Encore inconnus cinq minutes auparavant, ils se retrouvent assis et compressés dans un coin. Leurs cuisses se touchent. Un regard est échangé. Il lui prend délicatement la main et elle incline tendrement sa tête sur son épaule. Il ferme les yeux en se disant que finalement Dieu existe… Mais son bonheur est de courte durée, la douleur lui traversant les reins comme chaque matin à son réveil. Il sort péniblement de son lit et contemple effaré sa minuscule chambre d’EHPAD. Même pas une fenêtre donnant sur le lagon. La pilule est dure à avaler. À propos, il en a tout un stock caché dans un flacon, un cocktail détonant patiemment amassé. Ses voyages temporels récurrents se faisant de plus insistants, il vient de se décider. Le plongeon sera pour demain. Fermer les yeux et prendre sa main. Éternellement.

L’ATOUT SEIN

Il est là, à portée de ma main. Rond, doré et couronné d’une aréole noisette. L’échancrure de la robe de ma voisine me laisse voir en entier ce sein menu, adorable et si tentant pour ma paume. Sur cette terrasse ensoleillée par le soleil tropical d’un 1er novembre, à la table juste à côté, la belle jeune femme lit devant un thé au jasmin. Cette appétissante inconnue à la pose délicieuse est seule et je suis hélas accompagné. Sachant ma partenaire aux aguets, j’essaie d’être discret. La vue de ce fruit défendu, prêt à être mordillé par ma bouche gourmande, m’obsède. L’objet de mon désir frémit lorsque la tentatrice tourne une page de son roman. Je n’en peux plus mais, en face, la voix impérieuse de Claudia me rétablit dans l’instant présent. On y va, papy ? Je m’ennuie, y a rien à faire ici. J’obéis en me levant péniblement, mes articulations me ramènent à la dure réalité. N’oublie pas ta canne ! rajoute ma petite-fille, sa gaieté retrouvée.

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