Le parking des voleurs

Mercredi 07 avril 2021, 11H. J’allais faire mes courses au magasin Primag de Voh avec un collègue qui était venu au collège pour fixer des planches aux fenêtres de l’internat et des salles de classe. Après être passé à la caisse, je sortis. Où la voiture était garée, je posais mes courses à côté de la roue arrière droite. Je partis après voir M. Sylvio qui se trouvait à l’autre bout du parking. Quoi ? 25 mètres. Il découpait ses planches. Je l’aidais pour la dernière. Je lui dis après que j’ai terminé mes courses et que j’avais besoin de la clé pour ouvrir la portière. Il me fit signe qu’il allait reculer la voiture pour récupérer ses planches. A l’emplacement, où j’avais posé mon petit carton de clous et un marteau, il ne restait rien. Je demandais alentours. Personne n’a rien vu. Je suis entré à nouveau dans le magasin pour voir si la camera de surveillance n’avait pas d’images de cette scène. Le vol s’était produit hors champ de l’objectif. Je restai évasif un moment. J’étais choqué non à l’idée que cela puisse aussi m’arriver mais que cela se produise encore dans notre pays. Sûr que je rêvais. Mais j’avais la ferme conviction qu’un pays comme le nôtre en lutte d’autres fléaux sociétaux. La covid, l’addiction aux produits illicites…, nos pensées devraient tendre vers d’autres objectifs. Pas des broutilles de larcins. Mes courses, fallait que je les refasse. Oui, j’en avais bien besoin pour mon petit chantier. Je le refis pour 6000 francs. Un moment d’inattention me disais-je. Non. Je n’en étais pas si rassuré. Il devait bien y avoir des voleurs dans le parking.

Je racontai ce qui m’était arrivé à un beau-frère. Il me fit retour de ce que sa fille (ma nièce) avait vu dans un parking d’une grande surface à Koné. Un couple avait chargé leur course dans la benne de leur camionnette. Mais la maman, qui avait oublié sait-on, quels articles importants à ses yeux, fit revenir le couple dans la grande distribution. A leur sortie, ils ne trouvèrent rien de leurs achats dans la voiture. La maman criait sa douleur. Le papa aussi. Mais les voleurs avaient déjà disparu. C’était ce que la nièce avait rendu. Je pense plutôt que les détrousseurs les regardaient s’égosiller sans bouger. Ils ne devraient pas être loin du lieu où ils avaient commis leur forfait. Quel courage ! Connaissaient-ils le langage du cœur ? Non, ce sont des gens du métier. Ils sont rôdés.

Pourquoi écrire ce vécu pour accompagner le texte ci-dessous et Nuelasin ? Je voulais attirer l’attention de tous. Il doit y avoir un trafic de ce genre. Et les personnes qui s’adonnent à la rapine doivent faire partie d’un réseau. Ils volent. Pour après revendre. Tout un trafic, une pédagogie. Du vol, au recel jusqu’à la revente. Ils opèrent en bandes. Qui ? Les nôtres. Des gens de chez nous. Mais je n’ai pas envie d’orienter mon intellect vers cette pratique. Si j’ai un conseil à donner, c’est celui de fermer la voiture et de ne pas traîner dans les parkings. Les gens observent tous vos mouvements d’aller et venir avant de fondre sur vous comme des oiseaux de proies.

Bonne lecture quand même de la vallée où il pleut toujours. Wws

Hélène

Il ne m’était jamais arrivé à l’esprit qu’un jour de ma carrière d’enseignant, je tomberais en admiration sous le charme d’une de mes élèves. Hélène. Je me collais à moi-même l’idée que cette élève aurait pu être ma personne lorsque j’avais son âge quand j’étais encore au collège. Le temps a vite passé et emporté toutes les belles images de ma carrière professorale. Mais le visage d’Hélène m’accompagne encore jusqu’au jour d’aujourd’hui.

Originaire d’une tribu du bord de mer, Hélène arrivait tôt le matin par l’autobus du ramassage scolaire. Elle avait élu le grand banian comme son arbre de prédilection. Elle déposait son cartable au pied de l’arbre. Elle s’asseyait alors sur un grand tronc de cocotier qu’elle avait fait venir là, par une autre personne. Son gabarit ne lui aurait pas suffi à transporter une telle masse. Et en attendant la sonnerie du collège, elle plongeait toujours corps et âme dans un grand livre qu’elle dévorait à pleins yeux. Il m’arrivait de la surprendre après la sonnerie, au pied de son arbre. Comme pour excuser son retard, elle me lançait un sourire qui lui plissait les deux joues. Je gardais l’air austère pour lui montrer qu’elle avait tort et qu’il fallait sortir prestement de son imaginaire. Hélène s’enlevait alors de sa souche, ramassait ses affaires à toute hâte et courait vers sa classe. Oh ! ce n’était pas bien méchant pour une fille de son genre. Avec une moyenne trimestrielle qui frisait toujours la perfection, mademoiselle pouvait se permettre quelques égarements.

Elle avait la moyenne dans toutes les matières mais elle continuait toujours de travailler. Travailler, c’était trop dire. Je ne l’avais jamais vu dans ses notes. La lecture restait sa seule instruction. Elle lisait tout ce qui lui tombait entre les mains. Et elle avait raison. Une fois, je l’avais vu se disputer un sujet de physique avec un autre élève, le meilleur de la promotion qui dominait pourtant la matière. Hélène connaissait aussi son sujet. Martial abandonna. Je lui demandai alors de m’expliquer l’objet de son entêtement. Avec des signes et des figures, elle me fit une démonstration au tableau. Je ne suivais pas son raisonnement, je ne comprenais rien à ce langage scientifique. J’admirais seulement une élève qui n’avait pas peur d’enseigner devant son professeur. Je me souviens très bien d’elle. Je lui avais donné les deux heures de français pour aider ceux et celles qui n’avaient pas fait la différence entre courant continu et courant alternatif. Certains termes qu’elle avait employés sortaient tout droit de ses lectures personnelles, pas du cours du prof.

Hélène a quitté le collège depuis plusieurs années. Elle a réussi son bac avec mention, depuis elle poursuit ses études universitaires. J’ai entendu dire par un autre étudiant arrivé récemment de Métropole qu’Hélène est devenue ingénieur en aéronautique et qu’elle a trouvé un travail dans les usines de montage de Toulouse. Quant à ma mémoire, elle ne s’est toujours pas défaite de l’image de cette adolescente modèle. Et, à chaque promotion qui arrive dans mon cours la nouvelle année, j’ai pris l’habitude, par jeu et par dépit de la précédente génération, de toujours déceler la nouvelle Hélène.

Léopold Hnacipan

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