Sylvie BAILLE

Sylvie BAILLE a enseigné pendant une vingtaine d’années le français en Midi-Pyrénées. En 2003, elle pose ses valises à Lifou avec ses enfants et son époux qui décède quatre ans plus tard dans la baie de Santal.

Son séjour dans cette île des « Loyauté » lui inspire son premier roman, Swing à Lifou. Avant de s’orienter vers les lettres modernes, elle avait commencé des études d’histoire et a toujours gardé cette curiosité du passé. Celui de Lifou l’a tout naturellement intéressée. Les mythes et les croyances ancestrales forment la toile de fond de ce roman. L’auteur raconte la vie tribale, les traditions et les coutumes, mais aussi la complexité pour les expatriés de s’adapter à un nouveau mode de vie où leurs repères habituels s’effacent.

Revenue à Nouméa, elle s’implique dans la vie associative et dans Écrire en Océanie aux côtés de Nicole Chardon-Isch. L’écrivaine laisse libre cours à son imagination dans un deuxième roman. Cette fois une comédie policière originale, Qui a tué Hnaéla-Rose?, dont l’intrigue se déroule dans la cité. L’enquête parsemée de cadavres balade le lecteur depuis le golf de Tina jusqu’à la presqu’île de Nouville, ses squats, ses nakamals et les vestiges de Fort-Umbo.

Blog de l’auteur : https://sylviebaille.wixsite.com/website

Page FB : https://www.facebook.com/SylvieBailleAuteure/

Lien vers l’article
d’Ecrire en Océanie : https://www.ecrire-en-oceanie.nc/actualite/eeo-a-lu-pour-vous-et-vous-presente-qui-a-tue-hnaela-rose-de-sylvie-baille

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Extraits

Extrait 1 : Swing à Lifou, extrait du chapitre X de la deuxième partie

« Louis, allongé sur le côté, bien calé sur un épais matelas de feuilles, sent contre son dos le corps endormi de Lucas, le mouvement calme de sa respiration. Il entend le souffle long et profond des trois autres. Le feu couve doucement sous la cendre. Sa bouche pâteuse lui rappelle les racines gorgées d’eau que Capenehe lui a données à mâcher la veille pour calmer sa soif. Sa main tâtonne dans le noir et finit par en trouver une qu’il porte à sa bouche. Le liquide coule entre ses dents, enveloppe sa langue de sa saveur légèrement âcre. Heureusement, avec la nuit, l’air s’est attiédi atténuant son envie de boire. Une légère brise apporte même par vagues une fraîcheur bienfaisante qu’il savoure. L’esprit cotonneux, à mi-chemin entre le monde réel et le pays des songes, Louis se sent étrangement bien dans ce souffle qui fait chanter le feuillage et danser les ombres. On dirait que la forêt respire.

Le sol palpite soudain, frémit tandis que Louis sent un bref instant son corps flotter sur la terre. Une racine s’en extrait déchirant le sol de ses griffes. Puis une autre, et une autre encore. Elles s’ébrouent, émiettant les pierres autour d’elles. Leurs corps noueux se tordent, ondulent et rampent entre les troncs noirs qui chancellent comme de grands traits qu’une main tremblante aurait tracés à l’encre de Chine. Les hautes silhouettes courbent leurs longues échines et vont balayer le sol de leurs chevelures brunes dans un froissement léger de papier soie. Elles redressent lentement leurs têtes ébouriffées, vacillent puis emportées par le fourmillement de leurs radicelles, elles s’ébranlent, se glissent entre les roches à pas furtifs, sur la pointe de leurs innombrables griffes, contournent la masse sombre de la pierre dressée.

Ce sont ces ombres entremêlées que Louis voit s’évanouir dans les voiles de la nuit. »