Pourquoi, c’est tombé sur moi ?
Dehors, tout est calme, plus un bruit,
Juste le bruit des palmes, tout au fond de la nuit,
De cette énième nuit…
Je n’sais même plus qui je suis.
Serais-je mieux dehors ? je me demande souvent,
Vivant, avec ces morts et tous ces morts-vivants ?
Combien sont-ils, les survivants, leur vie est-elle meilleure
Au milieu des milliers de pilleurs, de voyeurs, de fossoyeurs,
Et tout le tremblement… ?
Peu importe les chiffres quand on ne sait pas le nombre,
Survivre peut suffire… couché sous les décombres,
Peu importe comment,
Peu importe qu’on m’enterre,
Mais pas avant que je meure,
Oh, non, pas avant mon heure.
J’voudrais bien crier, j’voudrais bien prier Mais prier qui, qui peut m’entendre ?
Si personne n’est venu depuis une semaine,
Pourquoi, diable, voulez-vous qu’Il vienne ?
Y a-t-il encore quelqu’un qui de moi se souvienne ?
Il fait nuit, je dors,
Non, je suis mort, est-ce pire ?
Je respire encore, mais je ne sens plus mon corps :
J’peux juste remuer la tête et le bras droit…
Si j’avais pu bouger ma jambe
J’aurais pu dégager l’autre,
À condition de poser mon crayon,
J’aurais dû, mais j’m’étais dit : « Pas question !
Tant que j’écris, je vivrai… »
Et je n’ai pas de regrets… (Si, de n’avoir jamais été aimé,
Ni connaître l’Amour, ses secrets…)

Mais depuis, l’espoir s’est effondré,
Le corps tremblant encore,
Je sens venir la fin,
J’n’ai plus soif, j’n’ai plus faim,
(Plus faim de toi, terre nourricière)
Plus même la force d’écrire.

Alors, porté par un vent trouvère,
Au bord de ton ventre ouvert,
Je grave mon dernier vers,
Et je m’endors, les yeux ouverts…

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N'hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *