Au début des années 70, qu’on appelait alors « la belle époque » en Nouvelle-Calédonie, Fred et son épouse, Anne-Marie, se retrouvent à la tête d’une entreprise prospère qu’ils ont édifiée à la sueur de leur front. La vie leur sourit. Beaucoup même. Et l’argent qui va avec. Mais tous deux, grisés par leur bonne fortune, sont pris de doute. Ne vont-ils pas, à terme, aller contre leurs valeurs morales au profit d’une vie superficielle où tout n’est que vanité et orgueil ? Une écriture énergique qui balance entre brutalité et sentiments. Difficile de rester insensible à la déchéance de l’héroïne, rongée par la maladie et la culpabilité d’être passée à côté de l’essentiel, de ne pas avoir su savourer ces petits détails qui rendent la vie si belle. Un roman bien ficelé qui tient en haleine jusqu’au dénouement…
Nathalie Vermorel « Les Nouvelles Calédoniennes Weekend ». Nouméa.
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LE MARCHE EXOTIQUE DE NOUMEA EN 1960
Extrait de « J’aimais trop l’argent » pages 115-117
Le marché couvert installé face à une grande place baignée de lumière, la Place des Cocotiers, était le point de rencontre par excellence des habitants aux origines multiethniques de cette mini-capitale des mers du Sud. A l’intérieur de ses bâtiments aux toitures de tôles ondulées, les portes s’entrouvraient dès les premières lueurs de l’aube. Une animation exceptionnelle y régnait durant la matinée entière. Je découvris avec surprise la foule ainsi que le va-et-vient des gens parmi les allées encombrées de tubercules et de fruits exotiques. Pendant que les bavardages entre amis et connaissances, tout comme les marchandages inévitables entre vendeurs et acheteurs, donnaient à ces lieux une note particulièrement pittoresque.
Parmi cette multitude cosmopolite et bon enfant l’on pouvait rencontrer aussi bien des ménagères habituellement pressées, portant des robes de couleurs vives, que des citadins nonchalants venus en short et claquettes japonaises, comme clients ou juste en curieux. Parfois de nouveaux immigrants fraîchement débarqués sur l’île s’extasiaient devant ce spectacle bigarré qui s’offrait à leurs yeux. Tandis que des touristes arborant chemises à fleurs ou des « robes mission* » pour la gente féminine, filmaient tous azimuts caméra 8mm au poing.
Dans une juxtaposition extraordinaire de couleurs, les étals croulaient sous des montagnes de marchandises. Ici, des maraîchers vietnamiens proposaient des légumes les plus variés. Là, une vendeuse d’origine mélanésienne présentait fièrement ses produits de la terre tels que taros, ignames, patates douces et maniocs. Un peu plus loin, un vieil Indonésien immobile et silencieux attendait le chaland à côté de ses pyramides de fruits tropicaux. Il avait exposé des mangues, pommes lianes, cocos verts, bananes, ananas, pamplemousses, oranges, entre autres. Ailleurs, des Européens au visage brûlé et buriné par le soleil des îles présentaient à foison des orchidées, des oiseaux de paradis et des fleurs fraîches de toute beauté. Quand aux belles et joyeuses Tahitiennes, une fleur de tiaré immaculée accrochée à l’oreille, les yeux rieurs, elles criaient à la cantonade en roulant les « r » afin d’écouler au plus vite leur délicieuse salade de poisson cru, mariné dans du pur jus de citron. Pendant que des Wallisiens, véritables forces de la nature et excellents pêcheurs, se tenaient fièrement derrière des présentoirs bondés de fruits de mer. Près des balances anciennes rongées par la rouille mais toujours en service, des poissons de tailles diverses gisaient dans des sacs en toile de jute préalablement trempés dans de l’eau de mer. Selon la variété, les picots de récif ou les bossus dorés étaient vendus soit à la pièce, soit au poids. Des mollusques, des crustacés à profusion et du poisson fumé faisaient également partie des mets rares et très recherchés par la population locale. Au sein de la grande cour intérieure, les vendeurs de billets de loterie s’installaient sans sourciller à proximité de cageots contenant de la volaille, des pigeons ou des tortues marines. Leurs voisins déchargeaient des sacs de pomme de terre, de choux, de cocos secs et de mandarines des bennes des camions de colporteurs arrivés de la Brousse lointaine un instant auparavant. A mon avis, ce marché au pays du nickel et de « l’or vert* » demeurera le lieu de rencontre et d’attraction touristique de premier ordre pour très longtemps encore.
* Robe mission : robe ample en coton léger que portent les femmes kanak. * L’or vert : signifie en Nouvelle-Calédonie le minerai de nickel.

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