Une photo
une photo interdite
de celles que ne publient pas les journaux

Tu me l’as envoyée
Tu savais que je la regarderai
qu’elle deviendrait une part de moi-même

Elle ne dit pas la colère des foules
les catastrophes ni l’esbroufe
Elle ne donne pas les cent recettes pour mincir
Elle n’annonce pas les bébés clonés
les horoscopes en toc
les apnées de la Bourse
ni la nomination d’untel ou de machin

En vrac

un banc de sapin
un bat-flanc de ciment
des w.-c. à la turque
le ressac d’une plume sur le mur d’en face

Ces dessins
on les dirait sculptés de l’index

Des cris ces esquisses de crasse et d’encre
des cris
des cataractes de cheveux
des profils bleus

Ces crânes ces drapeaux
ces poings
je les comprends

Une résille d’acier sert de porte et fenêtre
C’est là qu’on met les branques les dézingueurs
les bouffeurs de matons

Parce qu’il a partout eu faim
partout l’homme noir est en prison

Ces dessins sur le mur
c’était leur réponse
à l’obscurité

Sur la photo la cage est vide
et tu cherches
la lumière du monde
Frédéric Ohlen
in La Lumière du Monde (L’Herbier de Feu/Grain de Sable, 2005)

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